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Boire et Manger, quelle histoire !
Le blog d'une historienne de l'alimentation

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Mardi 25 Octobre 2016

      Il y a quelques temps déjà, j'avais écrit un texte sur l'amer . Cette saveur si intéressante. Je vous propose aujourd'hui de découvrir d'autres aspects de cette saveur d'un point de vue botanique et médicinale et examinant de plus près deux plantes de nos jardins: le pissenlit et la rue.

L’amer c’est bon pour la santé !

Les plantes amères ont mauvaise réputation, considérées souvent comme des poisons. Elles évoquent la cigüe de Socrate, les potions mortelles d’Agatha Christie, les flèches empoisonnées de nos lectures d’enfant, les préparations des sorcières qui emportaient les secrets de fabrication dans les flammes des bûchers et les parapluies bulgares.

Sur environ 10 000 plantes comestibles, 5 % sont dangereuses pour l’homme et la plupart sont amères. Dans l’imaginaire collectif, les plantes amères, difficiles à manger sont donc dangereuses. C’est d’ailleurs souvent le goût très désagréable qui protège de l’empoisonnement.

Cependant, utilisées à des doses très calculées, les plantes amères peuvent se révéler extrêmement bienfaisantes pour les humains comme pour les animaux.

En herboristerie, les amers ou toniques amers sont bourrés de qualités, c’est le cas de l’absinthe, de la rue, de la morelle douce amère, de la quinine… et de la ményanthe ou trèfle d’eau qui contient un amer pur très actif, indécelable au goût et à l’odeur. Rangés dans la catégorie des toniques généraux, ils sont bénéfiques pour de multiples maux et depuis toujours utilisés en médecine pour combattre les faiblesses cardiaques, les fièvres et les vers. L’amertume a aussi des qualités digestives et agissent sur le foie, c’est pour cela qu’elles sont appelées cholagogues et cholérétiques, l’amer de la plante agissant sur la bile. L’absinthe et les armoises, la gentiane et les centaurées, la rue et l’artichaut entrent dans la composition de nombreuses boissons apéritives ou digestives.

Certaines sont mortelles si elles sont ingérées à hautes doses comme la grande cigüe, l’aconit, la tanaisie, la morelle noire.

 
Pissenlits

        Pourquoi ces plantes à l’aspect si inoffensif peuvent-elles devenir si dangereuses ?
Parce qu’elles contiennent des alcaloïdes puissants qui lui donne cette amertume, et qui, selon les dosages, peut être autant bénéfiques pour traiter certaines maladies que toxiques voire mortels. Les alcaloïdes sont des substances organiques, actives et efficaces dans le traitement thérapeutique de certaines maladies. En herboristerie et en phytothérapie, on utilise les extraits bruts des plantes qui sont les constituants solubles, les principes actifs sont isolés par des procédés chimiques et cette opération relève davantage de l’industrie pharmaceutique.

         Les plantes amères étaient donc très utilisées en médecine, autrefois on disait même que plus un remède était mauvais c’est-à-dire amer, plus il était efficace. Maintenant on a oublié la saveur amère des médicaments enveloppés dans des capsules et mélangés à des adjuvants qui adoucissent le goût.  Mais interrogez des gens plus âgés ou ayant vécus à la campagne, ils se souviendront des infusions vermifuges de la fin de l’été et autres tisanes pour soigner fièvres et toux qui les ont dégoutés pour longtemps de l’âcre, de l’acerbe, de l’astringent, du tannique, tous ces remèdes qui laissaient un goût d’amertume dans la bouche.

 
La Rue

Mâchez-en quelques feuilles et vous découvrirez l’amer dans toute sa splendeur.

          La Rue nommée scientifiquement Ruta graveolens-L. Ruta,car elle appartient à la famille des Rutacées, graveolens signifiant qui sent fort, et L classée par Linné. Voila pour l’état civil.
Elle porte des surnoms tellement contradictoires qu’on pourrait douter de son honnêteté, «belle fille» et «herbe de grâce», c’est plutôt attirant, mais «puante» et «abortive», ça sent le souffre, la marmite de sorcière, on en a brûlé ou guillotiné pour moins que ça !

        Cette plante, venue des Balkans et de l’Italie méridionale fut connue dès l’Antiquité. La Rue est une très jolie plante vivace aux gracieuses feuilles polylobées portant des petites fleurs d’un jaune lumineux qui pousse bien dans les terres sèches et ensoleillées et même à l’ombre. Si son aspect est séduisant,  elle dégage une odeur forte et pénétrante, qui peut déplaire à certains et qui repousse les chats, les rongeurs et même les vipères (pour les langues de vipères, c’est moins efficace !).

            La rue fut d’abord l’un des ingrédients d’un condiment très prisé des romains, le moratum. Incontournable des jardins de simples, elle fait partie des plantes recensées dans le Capitulaire de Villis. Les feuilles séchées ou fraîches faisaient partie du bouquet que l’on plongeait dans les marmites de soupes et de pot au feu. Elles garnissaient également les salades, en petite quantité cependant, car à fortes doses, la rue peut-être toxique. Quelques feuilles dans une salade de tomates ravivent le goût des olives de l’huile qui l’assaisonne. En raison de ses vertus apéritives, la rue entre dans la composition de vins, de vermouth. En Italie, la tradition veut que l’on fasse infuser une branche de rue dans la grappa pour qu’elle parfume cette eau de vie de marc de raisin. Ses délicates notes aromatiques semblables à celle des pois de senteur se retrouvent dans l’huile essentielle de rue, très utilisée dans l’industrie agro-alimentaire et de la parfumerie.


 

La rue est une bonne herbe médicinale

     Classée dans la catégorie des toniques-amers, la rue a toujours été utilisée en médecine pour faciliter la digestion, favoriser l’écoulement de la bile et chasser les vers. Contenant de la rutine, elle est aussi vaso-protectrice. Grâce à certains alcaloïdes, la rue favorise l’acuité visuelle. Mais ce qui a fait sa funeste réputation sont ses qualités emménagogue (qui fait couler le sang) et abortive. Employée pour faire venir les règles, elle favorisait aussi les avortements, c’était la plante favorite des faiseuses d’anges.

        Mais oublions cela et voyons plutôt ses côtés positifs. Elle protégé de la peste, des voleurs certes ... Ecoutez plutôt :
"Durant l’horrible épidémie de peste qui sévissait  à Toulouse en 1630 , quatre voleurs auraient détroussé sans dommage quantité de  pestiférés décédés, se prémunissant des miasmes en portant devant la bouche et le nez un masque trempé dans une décoction vinaigrée de plusieurs plantes dont la rue, cette potion fut appelé le vinaigre des quatre voleurs."

          Si vous êtes un peu paranoïaque, vous pouvez toujours vous préparer l’antidote de Mithridate en écrasant 20 feuilles de rue avec 2 noix et 2 figues sèches et un peu de sel pour vous prémunir contre d’éventuels empoisonnements.

 

«Mêlées au vin, la sauge et la rue l’empêchent de nuire.
La rue aiguise la vue,
L’infusion du fenouil, de la verveine, de la rose, de la chélidoine et de la rue l’éclaire.
»
Ecole de Salerne

 

       Avoir une meilleure vision avec la rue et même une meilleure acuité de la vision intérieure… Nous entrons dans un autre domaine. Ses vertus stupéfiantes la faisaient apprécier de certains artistes qui en consommaient pour favoriser leur inspiration, elle permettait d’aller au-delà, on disait même qu’elle agissait sur le troisième œil.
«Mangez-moi, mangez moi, mangez moi», comme dit la chanson.

- 19:26 - rubrique Histoire des aliments - Permalien - 0 commentaires

Mardi 18 Octobre 2016

 La cuisine du monde d’une voyageuse lilloise

     Un mot du titre de ce livre m’a accroché « Happy ». Une cuisine joyeuse, enfin ! Cela va changer des livres dits culinaires où l’on parle davantage de diète, d’allergies et de pseudo santé que de cuisine et de gourmandise.

       Anne Coppin est une fille du Nord qui, dès sa tendre enfance, fut attirée par la cuisine et piquée par le virus du voyage. Ces deux passions conjuguées l’ont poussée à découvrir partout où elle voyageait les saveurs locales : un plat, une boisson, une épice, un ingrédient, des manières de faire et des manières de table. Tous ces goûts, ces saveurs, ces arômes furent tout à la fois notés dans un carnet et emmagasinés dans sa mémoire du goût. Sacrifiant au plaisir de cuisiner, elle s’est embarquée dans une cantine ambulante qu’elle a promenée dans le vaste monde testant les recettes locales en cuisinant des ingrédients indigènes.

     Ayant changé d’orientation professionnelle, A Coppin a pris le temps de revenir sur ses étonnantes expériences culinaires en puisant dans ses souvenirs gustatifs, ses émotions gourmandes bien conservées dans sa mémoire, avec l’aide précieuse de ses carnets. Le résultat est un livre « Happy World Food » que je trouve intéressant et futé, rempli de recettes originales de plats, de boissons et de gourmandises diverses, fort appétissantes et savoureuses (quelques recettes testées en sont la preuve).

       Bon et malin, ce livre, réalisé par une autodidacte qui s'exprime comme une professionnelle, donne une foule de conseils pratiques. En exergue de chaque recette, des indications précieuse de durée, de budget, de niveau de cuisine et de temps de préparation  qui permettent de ne pas s’embarquer à la légère dans la réalisation d’un plat. Et s’il vous manque un ingrédient pour réaliser la recette que vous avez élue, on trouve en fin d’ouvrage une fort judicieuse table de substitution. On trouve aussi avec chaque recette une petite rubrique intitulée « aller plus loin » pour tester d’autres saveurs en variant simplement les ingrédients du plat, ce qui permet quand on apprécie particulièrement une recette d’en varier les goûts et de la dupliquer sans s’en lasser.

      A la fin de l’ouvrage, Anne Coppin livre à ses lecteurs des tas de conseils pratiques : des recettes d’accompagnement : sauces, boissons, riz et pâtes, un chapitre « Outils » qui contient des indications sur les ustensiles et des ingrédients : huiles, vinaigres, herbes, légumes, céréales diverses et un très utile lexique des produits exotiques assez peu connus et un autre non moins utile de techniques.

 "Happy World Food" est un livre vraiment réussi, aussi joyeux que son titre l’indique, illustré des photos de l’auteur qui a plus d’une corde à son arc. Un livre qui explore les saveurs du monde que l'auteur qui s'est forgée un vraie culture du goût sait transposer et partager. 

Un dernier détail, ce délicieux livre qui ne coûte que 22 € est paru chez UMAI éditions.

 

- 17:52 - rubrique Livres - Permalien - 2 commentaires

Lundi 19 Septembre 2016

             C’est un fait avéré, les préférences d’un grand nombre de mangeur vont vers des aliments mous, voire croustillants, mais les mets plus coriaces ne sont pas ou plus prisés. Par ailleurs, un certain nombre de régimes alimentaires dit amaigrissants proposent des préparations en poudre à diluer qui remplacent les repas. Il existe même des produits nutritionnels conçus pour couvrir intégralement les besoins nutritionnels humains qui peuvent servir d’alimentation unique à la place de vrais aliments. Un peu comme dans le film «  Soleil Vert » quand les habitants de la terre se nourrissaient de tablettes de couleur. Un monde où les dents et les mâchoires conçues pour nous aider à manger n’ont plus aucun rôle. Et pourtant mâcher ses aliments est tellement nécessaire à l’homme.  
 

 

Mastiquer pour plus de plaisir

Brillat-Savarin qui est le premier à avoir proposé une définition du goût de manière totalement empirique, mais qui s’est révélé assez exacte quand les connaissances scientifiques ont permis de poser une définition plus juste, écrivait dans La Physiologie du Goût : « le goût est celui de nos sens qui nous met en relation avec les corps sapides, au moyen de la sensation qu’ils causent dans l’organe destiné à les apprécier […]  Dans ce choix le goût est puissamment aidé par l’odorat. »

En effet, le goût est l’ensemble des perceptions que l’on ressent quand on met un aliment en bouche. On ressent le goût par les bourgeons du goût situés sur les papilles gustatives disséminées sur la langue mais aussi sur les muqueuses de l’épiglotte et du pharynx. Lorsque l’on porte un aliment en bouche, c’est d’abord le sens du toucher qui agit car les lèvres, la langue, les muqueuses buccales vont déchiffrer un grand nombre de stimuli qui contribuent à définir le goût d’un aliment mais qui ne sont en aucun cas une saveur, puisqu’ils font appel à d’autres sphères sensorielles. Les principaux stimuli sont :

  1. -         Les stimuli tactiles déterminent la texture et la température des aliments
  2. -         Les stimuli chimico-physiques font ressentir l’astringence, l’alcalinité, etc.
  3. -         Les stimuli « d’arrière-bouche », qui sont une forme de continuum.
  4. -         Les stimuli dus à la sensibilité olfactive rétro-nasale liés aux odeurs et arômes en bouche

Souvent l’expression  « le goût de… » désigne à la fois le goût et l’arôme. En réalité,  les arômes sont des odeurs en bouche qui contribuent aux sensations gustatives. Les intensités de ces arômes dépendent de divers facteurs tels que la manducation, la température en bouche et la température des aliments : un même aliment consommé froid ou chaud dégage des arômes différents. Plus on mâche un aliment, plus il se réchauffe. Si l’on mange un aliment froid, il va lentement se réchauffer dans la bouche au fur et à mesure de la mastication. Son goût va donc évoluer puisque la température en bouche et celle des aliments réchauffés par la manducation vont se modifier. Avec un aliment chaud, la manducation va  exacerber les arômes. Donc plus nous mâchons, plus nous libérons d’arômes qui sont également perçus grâce aux récepteurs olfactifs captant l’air qui passe par les narines par le biais des poils du bulbe olfactif qui sont des détecteurs d’odeurs et surtout grâce à l’olfaction rétro-nasale appelée aussi rétro-olfaction. L’arrivée d’air par le nez et par la bouche permet de mieux ressentir les arômes. Les arômes libérés provoquent du plaisir, de la satisfaction qui procèdent du plaisir de manger. Tout le temps de la mastication et de la déglutition, nous éprouvons un plaisir qui va en augmentant, et plus nous mastiquons, plus le plaisir dure.

Et un plaisir qui durera d’autant plus qu’une bonne manducation facilite ensuite la digestion.

 

Mastiquer pour bien digérer.

Nous possédons dans la bouche deux muscles remarquables. Celui de la mâchoire est le plus puissant du corps humain et celui de la langue le plus agile, le premier exerce une très forte pression sur les dents dont l’émail est le matériau le plus dur que fabrique le corps. Donc la nourriture que nous ingurgitons et que la langue va chercher dans tous les recoins de la bouche va être broyée par les dents lorsque nous mâchons. Quand les aliments sont suffisamment mastiqués et broyés, il forme une sorte de bouillie appelée « bol alimentaire ». Ce bol alimentaire va être avalé et envoyer dans le pharynx, puis dans l’œsophage. Tous les muscles de l‘œsophage se contractent pour faire descendre le bol alimentaire dans l’estomac qui va le brasser et le moudre en minuscules particules qui vont partir dans le pylore. De là, ce magma passe dans l’intestin grêle où va se faire la digestion proprement dite et l’extraction de tous les nutriments. La bouillie prend un nom : le chyme qui est de nouveau broyé et malaxé. C’est alors que les nutriments traversent les parois de l’intestin pour passer dans le sang et les résidus sont balayés vers le gros intestin qui est chargé de l’évacuation des résidus.

Une fois cette leçon de SVT revue, nous pouvons comprendre pourquoi mâcher est si important. Si la nourriture n’est pas mâchée, le travail de la digestion est plus compliqué et plus long. On risque premièrement de s’étouffer en avalant une nourriture insuffisamment broyée qui ensuite aura des difficultés à descendre dans l’œsophage et une impression de lourdeur sera ressenti par l’individu goulu qui mâche et avale trop vite. Si les dents ne son pas activées régulièrement, notre dentition se dégrade.

 

Mâchons, mâchons… vous avez compris la nécessité de mâcher pour se porter mieux et ressentir davantage de plaisir gustatif. Activons donc nos dents et nos mâchoires quand nous mangeons, elles sont faites pour cela et, cerise sur le gâteau, vous fortifierez les muscles masticateurs qui permettent de conserver un ovale parfait du visage et les empêcheront de subir la théorie de gravité et de garder vos joues de bébé. 


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- 17:13 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 1 commentaire

Mardi 13 Septembre 2016

 Voici un livre qui relance l’intérêt pour une des plus anciennes techniques de conservation des aliments : la lacto-fermentation et qui signe peut-être son renouveau. Dans l’ensemble, nos sociétés modernes ont délaissé cette conservation en préférant conserver leurs aliments par le froid. La fermentation lactique présente comme avantage de ne demander aucune dépense électrique, élément à considérer avec intérêt donc, à notre époque qui restreint sa consommation d’énergie.  

 

Il y a beaucoup de redécouvertes et d’expérimentations dans le domaine de l’alimentation. Le Livre Ces ferments qui nous veulent du bien  s’inscrit dans cette tendance et dans celle qui lie la nourriture et le bien-être. L’auteur, Claudia Lorenz-Ladener, architecte allemande, reconvertie dans l’édition, a étudié et longuement expérimenté la conservation des légumes en particulier par la fermentation lactique. Très tentée par cette méthode qui est facile à réaliser car les bactéries qui sont les agents de cette fermentation existent partout.

Les sumériens, les romains avec le garum, les asiatiques avec le nuoc man ou le soja fermenté, les allemands avec la choucroute ont pratiqué et pratiquent encore cette technique de conservation. Mais nous dit l’auteur, tous les légumes, beaucoup de fruits et même des jus de fruits et de légumes peuvent se conserver selon les principes de cette méthode. Une méthode que C. Lorenz-Ladener explique avec beaucoup de sérieux et de manière très pédagogique comme elle l’exprime dans son avant-propos : «  Il (le livre) ne se consacre pas à la description de mets exotique, mais s’attache plutôt à proposer des méthodes soit traditionnelles, soit plus récentes, et aussi à fournir des connaissances précises sur ce mode de conservation biologique des aliments. »

C. Lorenz-Ladener, dans cet ouvrage, nous fait part de toutes ses expériences de conserves lacto-fermentées, ses expérimentations sont narrées par le menu : toutes les étapes sont détaillées, de la mise en bocaux jusqu’à la manière de les conserver, comment fabriquer son propre levain, le tout illustré de nombreuses photos très utiles qui renforcent les explications. De même, avec humour et modestie, elle n’hésite pas à montrer ses déboires et ses divers ratages et explique comment les éviter. Il a beaucoup de conviction dans son propos et pour séduire le lecteur, l’auteur nous livre de nombreuses et fort appétissantes recettes.  

Cette redécouverte de cette méthode de conservation est intéressante, pas seulement pour les nostalgiques de la cuisine du passé. Car les légumes conservés de cette manière développent un goût particulièrement délicieux, la lacto-fermentation bonifiant leurs arômes sans les modifier. Et, cerise sur le gâteau, les aliments fermentés nous veulent du bien comme le dit le titre du livre car, devenant des probiotiques grâce à la fermentation lactique, ils sont excellents pour notre bien-être et notre flore intestinale (décidément les auteurs allemands sont très passionnés par les intestins).

Ces nombreuses raisons devraient inciter à la lecture de ce livre original et enrichissant notre culture alimentaire qui devrait séduire les amateurs de légumes.

 

Claudia Lorenz-Ladener

Ces ferments qui nous veulent du bien

Editions du Rouergue

125 p, 22 €


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- 16:20 - rubrique Livres - Permalien - 2 commentaires

Mercredi 07 Septembre 2016


      Alors que l’Education Nationale prend des mesures pour offrir aux enfants dans les écoles des repas qui conviennent à leurs convictions religieuses (choses étrange dans un pays où la séparation de l’Eglise et de l’Etat est reconnue depuis belle lurette, mais cela est un autre sujet), ne serait-il pas plus utile d’introduire, au sein des cours de SVT ou lors de cours bien spécifiques, des cours d’éducation au goût ? Bien entendu cela est un doux rêve, mais parmi les décisions de rentrée, pourquoi chacun de désirerait-il se former individuellement à cette intéressante discipline ?

Pourquoi ? Regardons en face la réalité.

 

Etat des lieux

     Dans le monde l’obésité a été multipliée par deux depuis 1980. On comptait en 2014, 1,9 milliards d’adultes en surcharge pondérale dont 600 millions d’obèses. La cause de tous ces maux est, en dehors de problèmes relevant d’une pathologie, une grande consommation d’aliments trop riches en graisse et en sucre et un manque d’activité physique qui en plus ou en conséquence de l’obésité sont la cause de nombreux problèmes de santé. A tel point que l’OXFAM a défini un concept de « mauvaise hygiène alimentaire » caractérisée par un déséquilibre entre la consommation de graisse et de sucre par rapport à celle de céréales, de légumes et de graines qui touche les pays en voie de développement et les classes inférieures des pays riches La raison en est que les produits transformés riches en lipides, graisses saturées et sel sont moins chers et donc plus consommés que les fruits et les légumes.

     Il faut ajouter à cette mauvaise hygiène alimentaire un autre paramètre : l’appauvrissement généralisé en nutriments des produits alimentaires, ainsi que l’affirme D. Thomas dans son ouvrage Nutrition & Health, paru en 2007. Cet appauvrissement est du à une diminution de la biodiversité alimentaire et la baisse de qualité des produits alimentaires détériorée par l’augmentation de l’offre de produits alimentaires transformés trop riches en sucre, sel et en gras.

Prenons l’exemple du sucre et du sel. Nous consommons en France 25 kg de sucre par personne et par an. Ce sucre provient principalement des produits transformés. Alors que l’OMS recommande de ne pas absorber plus de 5 g de sel par personne et par jour, nous en consommons beaucoup plus : 2 kg par personne et par an, ce sel se cachent surtout dans les produits transformés:  snacking, charcuteries, biscuits apéritifs.

   La diminution de la biodiversité alimentaire est provoquée par la standardisation des variétés de fruits, de légumes et de céréales due à une sélection des semences les plus rentables poussant plus vite et étant plus résistantes au détriment de leurs qualités nutritives  en raison du phénomène de dilution. La dilution est un phénomène occasionné par la diminution de la concentration de nutriments présents dans le sol associée à une pousse trop rapide des végétaux qui empêchent la fixation de leurs qualités nutritives. Donald R. Davis dans un article de Food Technology (2005) affirme que d’une manière globale, on note une perte de 20 à 23% des minéraux,  dans les fruits et légumes. Ces minéraux – potassium, phosphore, magnésium, calcium, fer, cuivre – sont indispensables au bon fonctionnement du corps humain. La congélation des préparations industrielles alimentaires entraine une perte accrue des qualités nutritives des aliments.

 

Le Goût et la santé

       L’éducation aux goûts, aux saveurs est la meilleure antidote à la production d’aliments industriels. Cette industrie pratique une politique de consommation globale et est à l’origine, nous l’avons vu, de nombreuses pathologies alimentaires.  

          Contre l’obésité, la multiplication des régimes amaigrissants vantés par des soit-dIsant « experts », manquant de connaissances spécifiques sur ce sujet n’auront aucun effet à long terme, en tout cas pas l’effet souhaité, car on sait maintenant que le corps humain développe à chaque régime de la graisse supplémentaire en prévision des prochaines restrictions volontaires d’aliments.

        Les règles diététiques trop sévères ont pour corollaire la prise quotidienne de compléments alimentaires et de vitamines qui sont censés contrebalancer les carences ou les dérèglements de régimes totalement déconnectés des besoins physiologiques du corps humain. Toutes ces croyances, ces régimes peuvent faire naitre une psychose vis-à-vis de la nourriture qui va le plus souvent s’exprimer sémantiquement par l’opposition de sain/malsain et bon/mauvais et par un combat perpétuel entre plaisir et santé, ce qui est savoureux devenant dégoûtant , entendu dans le sens premier du mot.

Cependant manger et boire sont les instincts humains les plus anciens, si importants pour la survie et tellement ancrés en nous qu’il est difficile de les contrôler, de les raisonner.

      Il est donc indispensable dès l’âge le plus tendre  de manger correctement et d’apprendre à connaitre les vrais et bons plats, de repérer les falsifications et les imitations. En effet, les plats pleins de saveurs, cuisinés avec de bons produits permettront à celui qui les déguste d’associer dans sa mémoire gustative les saveurs à leurs effets physiologiques, la mémoire des saveurs dure éternellement et tient compte des préférences de  chacun.

Pourquoi ?

      Si une diète alimentaire n’est pas librement consentie, elle ne peut qu’entrainer des frustrations, le plaisir tenant une place importante dans l’alimentation et la plupart des recommandations diététiques considèrent les aliments comme des éléments nutritifs qui ne sont intéressants que par leur composition en minéraux, protéines etc. Pour ceux-là, un aliment bon à manger est un "aliment-médicament" ne valant que par ses composants nutritifs, pour d’autres l’aliment n’est qu’un simple  carburant, ne demandant pas de préparation et avalé rapidement, ce sont donc des consommateurs de plats tout préparés issus de l’industrie agro-alimentaire. Dans ce dernier cas, il importe davantage de lire le contenu en calories et en graisse que de connaitre l’origine du produit transformé et des ingrédients avec lesquels il a été élaboré.  Alors à quoi bon se contraindre à se nourrir sainement, puisqu’il est possible de contrer les effets nocifs de cette alimentation déséquilibrée en ingérant des vitamines ou autres compléments alimentaires.

Retrouver le plaisir de manger

         Quelle place est alors réservée au goût et au plaisir de manger un plat bien préparé ? Car manger sa barquette réchauffée devant son ordinateur ou sa télé ne procurera jamais le même plaisir qu’un plat préparé chez soi, dégusté en agréable compagnie. Les plaisirs solitaires sont souvent l’expression d’une solitude ou d’une frustration et manger seul n’échappe pas à la règle. La mémoire du goût en enregistrant la saveur enregistre aussi le contexte dans lequel le plat est dégusté De plus, une trop grande consommation de sucre et sel  entraine une diminution de la sensibilité aux saveurs, car le goût est la transformation des molécules chimiques des aliments en saveurs par le  biais des récepteurs des papilles gustatives. Retrouver le goût, s’éduquer aux  saveurs devient absolument nécessaire pour apprécier les bons aliments. 
        En retrouvant les saveurs, nous pouvons mieux connaitre notre nourriture. Considérons-la comme un apprentissage des aliments et de leurs goûts qui va permettre de manger de manière plus adulte,  plus responsable et entrainer vers la découverte du plaisir que procurent des bons aliments.  Un plaisir maitrisé qui s’oppose à celui d’une jouissance infantile. Un plaisir conscient, personnel dans la connaissance de ses besoins et de nos préférences qui ne sera pas influencé par la publicité, pas plus que par les divers articles que l’on peut lire dans les magazines écrits par de pseudo experts vantant tel ou tel régime diététique, dictés par le besoin d’innover ou d’être à la pointe de la mode, voire même de la devancer.

        Il faut donc comprendre et admettre qu’il est meilleur pour sa santé, sa forme et son moral de choisir de bons produits, de les cuisiner amoureusement et de le déguster sans complexe, que l’on soit seul ou en aimable compagnie. Il faut également renoncer à créer une antinomie entre plaisir de manger et santé. Ces deux concepts fonctionnent parfaitement  ensemble, c’est un mariage qui nous fait du bien au physique comme au mental. 


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- 17:02 - rubrique Autour de la nourriture - Permalien - 2 commentaires

Lundi 18 Juillet 2016

 Vendredi dernier, vous avez tous pensé qe j'avais changé de voix.

Mais non, rassurez-vous, il y avait juste un erreur de planning et c'est Roland Robin que vous avez entendu à ma place. 

Branchez-vous de nouveau sur Radio France Bleue Gironde mercredi 20 juillet à 10 h et je vous raconterai des histoirs de Miam.

- 17:19 - rubrique Actualités - Permalien - 0 commentaires

Jeudi 14 Juillet 2016

 Il exsite une émission très intéressante sur Radio France Bleue Gironde qui s'intitule
Le Grand Miam et est diffusée à 10 h chaque matin.

Elle est animée par Rodolphe Martinez dont je serai l'invitée le vendredi 15 juillet.
Alors soyez tous à l'ecoute ce matin-là et vous aurez tous le plaisir d'entendre ma douce voix.

A bientôt

- 19:00 - rubrique Actualités - Permalien - 0 commentaires

Mercredi 22 Juin 2016

 

VENDREDI 4 JUIN
AU 91 DE LA RUE VITAL CARLES
A LA LIBRAIRIE MOLLAT. 

Je vous attends pour la présentation de mon livre

- 17:55 - rubrique Actualités - Permalien - 0 commentaires

Plus d'articles :

Mon livre

L'histoire des légumes, des potagers, du néolithique à nos jours en passant par les abbayes. Plus une cinquantaine de recettes de Michel Portos, cuisinier de l'année 2012 GaultMillau, avec les accords vins de Patrick Chazallet. De très belles photos d'Anne Lanta, une préface de Christian Coulon pour la beauté de l'ouvrage. alt : Widget Notice Mollat Analyse sur un ton léger des rapports des femmes au vin de l'Antiquité à nos jours, les interdits, les tabous, les transgressions, se ponctuant par quelques portraits de femmes du vin contemporaines. alt : Widget Notice Mollat

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